Journée Européenne des langues

A l’occasion de la JEL 2021, la Maison de l’Internationale, Jardin de ville à Grenoble, a organisé une soirée Poésie, sur le thème des Retrouvailles. Nous avons pu entendre des poèmes en Grec, en Russe, en Arménien et même en Japonais.

Pour l’Alliance-Grenoble-Oxford, c’est Susan Blattès qui a récité un poème de Stevie Smith, Away Melancholy.

Stevie Smith: “Away, Melancholy” (from the collection Scorpion and Other Poems, 1972)

The writer Stevie Smith was born Florence Margaret Smith in 1902 in the North of England although she spent most of her life in London, brought up by an aunt. She lived there until her death in 1971. She published several collections of poetry and three novels but worked as a secretary for most of her life. Even if she is not very well-known outside poetry circles, critics recognize the unique style and mood of her poetry which combines the serious with the humorous, simple with more profound ideas. Her work can, therefore, be somewhat disconcerting.

I chose this particular poem because it mixes simple ideas expressed in simple form with other ideas expressed in a much more intricate way. Some aspects of the poem recall song: the repetition of “Away, melancholy” with variations acts as a chorus to the verses. There are other types of repetition too and many different types of rhyme. Some of the verses are very short and straightforward, whilst the two in the middle are much longer and more complex in structure and in meaning.

It is the subject of the poem that really caught my attention: the celebration of life and nature despite everything (death, illness, suffering). It is this celebration of life and love which makes it fitting to the theme of tonight’s poetry.  

 

Stevie Smith : “Away, Melancholy” (du recueil Scorpion and Other Poems, 1972)

L’auteure Stevie Smith est née Florence Margaret Smith en 1902 dans le nord de l’Angleterre, mais elle a passé presque toute sa vie à Londres, élevée par sa tante. Elle a vécu dans la même maison jusqu’à sa mort en 1971. Elle a publié plusieurs recueils de poésie et trois romans, tout en travaillant comme secrétaire. Elle est peu connue en dehors des connaisseurs de poésie, mais les spécialistes sont d’accord pour saluer une voix unique où le sérieux et l’humour, les idées simples et les idées plus profondes se côtoient.

J’ai choisi ce poème précisément parce qu’il mélange le simple et le complexe. D’une certaine façon, le poème ressemble à une chanson avec « Away, Melancholy » répété avec variations comme refrain. On note plusieurs types de répétition et de rimes. Le poème comporte des strophes très courtes tandis que les deux strophes au milieu sont beaucoup plus longues et denses.

C’est surtout à cause du sujet, que j’ai choisi ce poème : la célébration de la vie et de la nature malgré tout (mort, maladie, souffrance). Ce poème est un hymne à la vie et à l’amour et ainsi convient tout à fait au thème de cette soirée de poésie.

 

 

Away, Melancholy

Away, melancholy,

Away with it, let it go.

 

Are not the trees green,

The earth as green?

Does not the wind blow,

Fire leap and the rivers flow?

Away, melancholy.

 

The ant is busy

He carrieth his meat

All things hurry

To be eaten or eat.

Away, melancholy.

 

Man, too, hurries,

Eats, couples, buries,

He is an animal also

With a hey ho melancholy.

Away with it, let it go.

 

Man of all creatures

Is superlative

(Away melancholy)

He of all creatures alone

Raiseth a stone

(Away melancholy)

Into the stone, the god

Pours what he knows of good,

Calling good God.

Away melancholy, let it go.

 

Speak not to me of tears,

Tyranny, pox, wars,

Saying: Can God,

Stone of men’s thoughts,

Be good?

Say rather it is enough

That the stuffed

Stone of men’s good

Growing

By men’s called God.

Away melancholy, let it go.

 

Man aspires

To good

To love

Sighs;

 

Beaten, corrupted, dying

In his own blood lying yet heaves up an eye above

Cries: Love, love

It is his virtue needs explaining,

Not his failing.

Away, melancholy,

Away with it, let it go.

Adieu à la mélancolie

Adieu à la mélancolie,

Dis-lui adieu, lâche-la.

 

Les forêts et la terre

Ne sont-elles pas toujours aussi vertes ?

Le vent ne continue-t-il pas à souffler,

Les flammes à sauter et les rivières à couler ?

Adieu à la mélancolie.

 

La fourmi est occupée,

Elle porte son repas,

Toutes les créatures se dépêchent

Pour manger ou être mangées.

Adieu à la mélancolie.

 

L’homme se dépêche aussi,

Il mange, se reproduit, enterre,

Il est, lui aussi, un animal

Doté d’une mélancolie lasse.

Dis-lui adieu, lâche-la.

 

L’homme est supérieur

A toute autre créature.

(Adieu à la mélancolie)

Lui seul peut transformer une pierre

(Adieu à la mélancolie)

En un monument

A cette bonté qu’il appelle Dieu.

Adieu à la mélancolie, lâche-la.

 

Ne me parle pas de larmes,

De la tyrannie, de la maladie et des guerres,

En me disant : Dieu, la pierre des pensées humaines,

Peut-il être bon ?

Dis plutôt, que la bonté de l’homme

Transformée en pierre et appelée Dieu,

Est suffisante.

Adieu à la mélancolie, lâche-la.

 

L’homme aspire

A la bonté,

A l’amour,

Soupire ;

 

Battu, corrompu, mourant

Dans une flaque de son propre sang,

Il s’efforce de regarder là-haut

Crie : Amour, amour.

C’est sa force qu’il faut expliquer,

Pas sa faiblesse.

Adieu à la mélancolie,

Dis-lui adieu, lâche-la.

 

(Traduction Susan Blattès) 

(Stevie Smith, 1902-71)

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